Nouvelle Vague ou la profondeur de la légèreté des sixties.

Né d'une envie profonde autant que d'un besoin de chanter, comme une urgence, "Nouvelle Vague" n'est pas un album gadget aux guimauves estivales de maison de disques. Tout au contraire, c'est un présent salutaire pour passer l'été un peu plus léger : une vraie récréation, voire une re-création, qui grave profondément le sillon de l'âge d'or mythique des sixties comme une combinaison d'insolence et de richesse musicale.

Ouverte aux influences les plus variées, Sylvie Vartan y demeure plus que jamais fidèle à elle-même grâce à l'intérêt et au talent des équipiers dans cette aventure : John Philip Shenale aux orchestrations et Philippe Rault à la réalisation qui nous dévoile les coulisses de cet enregistrement pas comme les autres. Qu'on ai vécu ou non les années 60, c'est une vague nouvelle qui fait du bien et que l'on retrouvera avec le même bonheur, assurément, sur la scène du Palais des Congrès en février 2008.

 

- Juke Box Magazine : A la base, un album de reprises 60 sembler peu étonnant de votre part et, finalement, et le résultat est plutôt inattendu !


- Sylvie Vartan : J'ai toujours aimé chanter d'autres titres que ceux de mon répertoire uniquement. Ce que j'ai souvent fait sur scène. Ainsi, dans mon dernier Olympia, qui se déroulait au passage du nouveau siècle, j'ai toujours aimé chanter d'autres titres que ceux de mon répertoire uniquement. Ce que j'ai souvent fait sur scène. Ainsi, dans mon dernier Olympia, qui se déroulait au passage du nouveau siècle, j'avais envie de rendre un hommage à la chanson française et j'avais choisi de faire un medley de tous les grands morceaux. On s'était attaqué avec mon metteur en scène à la façon dont on pouvait mettre en valeur tous ces succès et à les sélectionner. C'était un travail assez long mais j'avais adoré, c'était un moment de music-hall ! C'était aussi formidable à répéter qu'à interpréter, avec les tubes du passé, ceux de mes parents ; et puis, se les approprier, c'était un plaisir certain. J'avais délibérément décidé de ne pas y mêler les années 60 parce que j'avais déjà envie de faire un album de reprises de cette période. Ensuite c'est tombé à l'eau, mais c'est resté dans un coin de ma tête ! Après, j'ai fait d'autres rencontres, un nouveau CD, puis mon spectacle du Palais des Congrès en 2004 qui a été construit autour de mes nouvelles chansons, je suis donc partie sur d'autres routes. Ces derniers temps, je me suis dit que c'était le bon moment pour mettre ce projet à exécution. C'était joyeux, facile et rapide, quelque chose qui n'était pas du tout programmé au départ. Je ne pouvais pas me permettre de me lancer dans un nouvel album, chercher des textes, des musiques, tout cela peut être très long et fastidieux. Ca peut prendre plus d'un an, si ce n'est deux. Alors j'ai opté pour ce disque de reprises et j'en suis très contente car cela m'a apporté une respiration, un bonheur qui a été partagé avec tout ceux qui y ont participé.

CHANTE

- C'est un plaisir très communicatif ! C'est déjà un bon début de se faire plaisir à soi, mais si cela passe, c'est qu'on a réussi. Un peu comme pour le Medley du siècle, que vous rappeliez, vous étiez sortie des grands standards français.

- Je ne sais pas, parce que, pour la plupart, toutes ces chansons ont été des succès comme "J'attendrai", "Dans le souffle du vent"... Je pense que ce sont des titres qu'on a tous dans le coeur, mis à part un, "Chante" de Ronnie Bird, que je ne connaissais pas. Vous le connaissiez-vous ? C'est Bertrand Lamblot, mon directeur artistique chez Mercury, qui me l'a proposé lorsqu'on en était à définir nos choix et je l'ai trouvé très actuel !

- C'est très étonnant, on ne sait plus si c'est un titre anti-Star Academy ou contre les pseudo-intellos beatniks de l'époque ?


- En tout cas, c'était un mouvement contestataire qui existait aussi dans les années 60. L'y mettre était un clin-d'oeil à ce courant et, en même temps, il avait un côté très original et nouveau. Comme je savais que peu de gens le connaissais, ça m'amusait de l'intégrer au milieu de tous les autres tubes très connus.

- Il a conservé un côté très impertinent !

- Oui (rires !)

- La réalisation et les arrangements sont remarquables, quel était le parti pris ?

- Je me suis très bien entendue avec mon équipe qui était nouvelle : Philippe Rault pour la production et John Philip Shenale pour les orchestrations. On a commencé, comme je fais habituellement, sur des bases électroniques pour définir le tempos, les couleurs, vérifier que les chansons me collent bien et si elles tiennent le coup. A partir de là, ils se sont occupés des arrangements avec les musiciens. Je ne voulais pas que les titres soient trop refabriqués, je voulais qu'on puisse les identifier ! Il a su le faire en mettant plutôt l'accent sur différents rythmes, jouant sur des couleurs avec des cordes et des cuivres et le timbre de ma voix qui est en parfaite relation avec des orchestrations, très complémentaires.

 

PAS DE NOSTALGIE

- On ne décèle aucune nostalgie !

- Parce que je n'en ai pas, certainement ! J'ai abordé ce répertoire avec beaucoup de plaisir et de légèreté.

- On ressent à la fois que cela est très spontanée et très concentré dans l'interprétation, comme pour un live.

- C'est exact que l'essentiel a été enregistré en une prise quasiment. J'ai eu une telle exaltation à les chanter, je les avais en moi ces titres, ils étaient intégrés ! Il n'y avait pas, comme avec une nouveauté, une approche vers l'inconnu.

- Le disque s'ouvre avec un succès original français. "Il est cinq heures, Paris s'éveille" : c'est osé, avec cet arrangement à la guitare jazz manouche extraordinaire.

- On s'est demandé pendant pas mal de temps comment donner un autre envol à ce tube par rapport à l'original qui est tellement marqué et si personnel. Tout le monde l'a dans la tête avec cette flûte qui était tr!s innovatrice. C'était une gageure et cela apporte un souffle nouveau.

- On y sent une tendresse pour le Paris qui est décrit, qui a un peu disparu, celui de la Villette où on y tranche le lard !

- Je l'ai interprété un peu comme un souvenir d'enfance parce que j'ai connu ce Paris-là. Non pas la Villette, mais, petite, j'ai vécu près des Halles et c'étaient des images qui venaient en moi. Paris est un grand thème dans le répertoires français. Quand j'avais abordé l'Olympia, je m'étais demandé si je devais faire un medley sur Paris car c'est fou ce que cette ville a inspiré à la chanson. Il y' en a un nombre incalculable et celle-ci je voulais l'y mettre aussi, mais je ne voulais pas utiliser les années 60. C'est un choix délibéré et elle aurait eu tout à fait sa place dans cette séquence.

- Le répertoire est sous forte influence américaine (trois originaux sur quinze).Qu'est ce qui a guidé vos options VO/VF ?

- Je ne voulais pas trop de chansons en anglais, mais on ne peut pas considérer faire une adaptation des Beatles ou des Rolling Stones, ça n'a plus de sens. Il faut les faire dans le jus ! Le monde entier les connaît et les a dans l'oreille de cette façon. Il vaut mieux ne pas essayer d'adaptation dans ces cas-là. Tout d'abord, il n'y en a pas ou, ça peut être ridicule.

 

FOLK

- En même temps, les adaptations démontrent qu'on peut en faire de très réussies et qui permettent à un large public d'accéder à un répertoire un peu différent.


- Oui, mais c'est souvent sur les titres lents. Du moment qu'il y'a une mélodie, on peut trouver des mots et une manière sensible. Mais c'est une gageure de transcrire un rythme parce que le français manque de petits mots, très courts. La langue française est très littéraire, très poétique et romantique. En plus, il faut toujours exprimer une idée, ce qui n'est pas du tout la structure de l'anglais, qui se prête beaucoup plus au rythme forcément.

- Pour "Suzanne" de Léonard Cohen, justement fort réussi, vous connaissiez cette traduction signée Graeme Allwright ?


- C'est vrai qu'elle est très réussie. Je connaissais la version originale, mais pas celle-ci qui a été chantée par Françoise Hardy. J'ai trouvé que les paroles étaient magnifiques et collaient tout à fait à l'ambiance. Du coup, j'ai eu très envie de la faire de cette manière, plus qu'en anglais.

- Ce type de morceau peut désorienter certains publics, une sorte de poésie psychédélique : que raconte-t'-elle pour vous ?


- Le texte est très onirique, assez triste et mélancolique. C'est profond et on ne sait pas si c'est la folie, la drogue..... C'est tout cela mélangé et, en tout cas, il y'a l'amour : désespéré, fou. Tout ces arrangements que j'adore, qui ont été faits par rapport à ma voix et à la façon dont je l'ai interprété. Je ne l'ai chanté qu'une fois : la première prise a été la bonne, d'un bout à l'autre. Après, j'ai essayé, bien sûr, d'en faire de nouvelles, moins monocordes. Mais c'est ce côté-là, monocorde et lancinant, qui crée la magie et son ambiance.

- Savez-vous qu'une "Suzanne" existerait vraiment, connaissez-vous son histoire ?


- Oui, il paraît, mais je ne la connais pas du tout !

- Elle aurait été inspirée de Suzanne Veral, épouse du sculpteur canadien Armand Vaillancourt, et vivrait actuellement en nomade dans sa voiture à Venice Beach ?


- Ah, bon ? Ca alors ! Mais ça colle bien avec l'histoire et l'esprit d'alors ! Il me semble que l'auteur, qui est canadien, en était amoureux : un amour impossible, en réalité.

 

BEATLES OU STONES

- La sélection de titres avec Bob Dylan et Leonard Cohen s'oriente vers une autre Amérique, celle de Jack Kerouac, Allen Ginsberg et du mouvement beatnik, une Amérique plus contestataire, que vous avez connue ?


- Oui, d'autant que je suis allée très tôt aux Etats-Unis, cela existait déjà alors. J'ai même rencontré Dylan, mais c'était à Paris. Nous, on adaptait plutôt les chansons type "Happy days" qui étaient joyeuses et rythmées. C'était davantage dansant, orienté vers le rock, mais il y' a bien sûr cette Amérique-là avec une vague très forte., justement vers la fin des années 60, qui s'est transformée en courant hippie. Même si ce n'est pas mon mode de vie, force est de reconnaître l'impact de certains thèmes et de leur message. Les années 60, c'était cela également.

- Dans les 60, il fallait être Beatles ou Rolling Stones, vous avez préféré prendre les deux !


- Voilà ! Je n'ai pas choisi parce que, comment voulez-vous faire ? C'est impossible ! Ce sont les deux groupes emblématiques de l'époque, même s'il y' en a eu plein d'autres. J'aurais pu faire un triple album ! Je souhaitais qu'il soit double mais on s'est cantonné à un simple avec pas mal de titres puisqu'il y en a quinze. C'est déjà beaucoup. On en a enregistré une vingtaine, mais il en manque encore deux que je devrais finir d'ici peu.

- IL y a "The letter" des Box Tops, je crois qu'on imagine très bien par vous.


- Vous être bien renseigné ! Il y en a tellement, mais en même temps j'en ai repris et adapté beaucoup moi-même.

- Il y a des constantes aussi comme "Drive my car" que vous aviez déjà improvisé sur Europe 1 en 1994.


- J'en aime le rythme, mais il y en a énormément d'autres des Beatles, bien sûr. Ce n'est pas une chanson qui passe trop souvent. Comme pour les Rolling Stones. je n'allais pas faire "Satisfaction" ! Il faut dire que tous les morceaux sont connus mais mon choix s'est porté sur "Ruby, Tuesday" parce que c'est un titre qui a été peu repris, voire pas du tout par des femmes, et, même si c'est une version un peu masculine au départ, on peut l'interpréter différemment.

- "Ruby Tuesday" est l'histoire d'une fille libre, cela renvoie à l'image que vous donniez à travers les morceaux de Michel Mallory, dans les années 70, je pense "Toi, le garçon".


- Oui, c'est vrai.

- C'est un peu cela votre côté Rolling Stones ?


- Mais moi aussi je suis un Rolling Stones ! Je roule ma pierre depuis très longtemps (!) avec derrière moi, toute une traîne de tant de choses, tant de souvenirs....

 

YA YA

- C'est peut-être tout cela qui ressort et qui fait la force de votre interprétation. Il émane ici une impression de légèreté grâce à des titres comme "I'm A Believer" des Monkess.


- J'ai toujours adoré cette chanson et voulu la faire ! C'est une composition de Neil Diamond, un auteur merveilleux.

- J'ai été très étonné par la fraîcheur de "Ya Ya Twist".
- C'est pareil ! Quand Petula l'a enregistré, je m'étais dit "Oh, mince ! Qu'est ce que j'aurais aimer chanter ce titre ! J'aime bien ce genre de rythme, son côté tempo médium et je le trouve rigolo. Il est dansant, joyeux, je me suis fait plaisir.

- Vous aviez déjà fait sur scène "Souvenirs, souvenirs" dans une version lente, mais celle-ci est encore plus surprenante !


- Ca c'est la touche de Phil Shenale qui, en entendant ma reprise piano-voix sur le disque du spectacle de l'Olympia 1999, m'a proposé de l'aborder dans un style un peu plus large. De fil en aiguille, on a commencé comme "Hey jude" et on a fini comme un gospel ! C'est la seule qui ait changé complètement. Je suis sûr qu'il y a des gens qui ne vont pas la reconnaître ! On a pu avoir l'impression, alors, que c'était des paroles un peu bébêtes et désuètes et, quand on les chante sur un rythme différent comme celui-là, elles semblent plus poétiques. Elles ont un un côté Charles Trenet, avec des idées, des images et une façon de s'enchaîner. Ce sont des mots un peu démodés , avec sur les chemins qui m'évoque les chansons de Trenet. Surun tempo lent, ils prennent leur valeur et un tout autre aspect.

- On espère avoir une suite à cette "Nouvelle Vague" car c'est un grand plaisir de découvrir ces nouvelles versions.


- Tant mieux, j'en suis très contente et j'espère que cela plaira aux lecteurs de Juke Box, et au public en général, alors à très bientôt.

Propos recueillis le 22 juin 2007 par
Laurent Tambour.

 
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Philippe RAULT

Un artisan à Los Angeles

Port d'attache californien des labels français, Philippe RAULT collabore souvent aux projets des artistes qui souhaitent bénéficier de la Côte Ouest. Dans sa longue et riche carrière de producteur, on lui doit le dernier album d'Eddy Mitchell. C'est donc en voisins que Sylvie et Philippe ont approfondi leur collaboration grâce au CD "Nouvelle Vague", projet commun propre à se confronter et s'enrichir de la culture des uns et des autres. La qualité du résultat en est la flagrante démonstration et redonne un sens au terme si galvaudé de vintage. Très loin des plages ensoleillées de Los Angeles, c'est dans un bistrot du Palais Royal que je retrouve Philippe Rault dans la grisaille de ce début d'été.

- Juke Box Magazine : L'aventure de ce disque n'étant pas encore achevée, qu'en est-il de la suite ?

- Philippe Rault : On a quelques morceaux à terminer avec Sylvie car on a préparé 21 titres. Il y a les 15 qui sont sur l'album, d'autres qui sont achevés, mais il y en a plusieurs sur lesquels on devait retravailler. Mais vu les circonstances familiales de Sylvie, on a mis cela en veilleuse, suite au décès de sa maman, il y a "The letter" ainsi que la version italienne "Stand by me", "Preghero" d'Adriano Celentano.

- Je crois que cette reprise a surpris à la ré-écoute ?

- Le texte italien est un peu bizarre et il ne correspond pas du tout aux paroles anglaises qui racontent une histoire d'amour. Là, cela devient "la lumière de Dieu va m'inspirer" ! Comme on se basait sur la version originale au début, on n'y avait pas prêté attention mais, en se penchant sur le texte italien, on a trouvé cette surprenante composition religieuse. Pourtant, on ne peut pas dire que Celentano, qui a fort bien marché avec ce titre, donnait l'impression de vouloir faire passer un message particulier ! Il y a encore "Dream a little dream of me" en italien que Sylvie avait réalisé ainsi qu'en Anglais.

 

INEDITS

- Est-ce aussi le cas pour "Blowin" in the Wind" ?

- Non, on n'aurait pas eu le temps ! On avait deux mois et demi pour faire l'album. Parmi les autres titres qui sont achevés, mais qui ne figurent pas sur le disque, il y a "Que sont devenues les fleurs ?" de Dalida. C'est la reprise de "Where have all the flowers gone" de Pete Seeger, un classique du folk américain dans le sillage de Bob Dylan.

- Cette chanson dans le registrer folk élargit le répertoire de Sylvie pourtant déjà très varié.

- Elle n'était pas très enthousiaste pour ce morceau mais la maison de disques voulait qu'elle fasse un succès de Dalida. Au final, c'est une version qui tient bien la route mais elle est un peu tiède quant à l'affinité personnelle de ce titre.

- Il reste pas mal d'inédits, c'est dommage de ne pas avoir pu réaliser l'idée du double CD.

- Ce n'était pas tant une question économique mais avant tout de temps. Il aurait fallu qu'on fasse sept ou huit morceaux supplémentaires et on ne pouvait pas dépasser début mai pour des raisons de délai de fabrication, de marketing.... et puis on s'est vite fixé sur une vingtaine de reprises. Quant aux autres titres, j'imagine qu'ils trouveront une sorte en bonus.

- Tout s'est déroulé très rapidement.

- Ca devait démarrer plus tôt, en novembre-décembre avec Bertand Burgalat qui a produit le CD de Christophe Willem. Je ne sais pas les raisons pour lesquelles ça n'a pas eu lieu, mais cela a entraîné du retard pour l'enregistrement et Universal voulait absolument sortir l'album pour l'été. Une fois que la décision a été prise de le faire à Los Angeles, j'ai pris le projet en main. On s'y est donc mis fin janvier début février. C'était un marathon pour faire les 21 titres et on a fini le 1er mai. J'avais déjà travaillé avec Sylvie sur le dernier album pour la production exécutive à Los Angeles où elle enregistrait ses voix, en collaboration avec Paul Manners, le producteur anglais, et pour celui là réalisé avec Philippe Deletrez en 1998.

 

CHOIX DES CHANSONS

- J'imagine la difficulté pour sélectionner les morceaux ?

- On a fait une pré-production avant de démarrer la réalisation et on a testé plein de choses. Le concept était d'avoir un titre de chacun et par le biais des reprises d'aborder une palette assez large : Jacques Dutronc, Claude François, Françoise Hardy, Richard Anthony, etc...

- Avec le risque de voir pointer ceux n'y étaient pas...

- Encore faut-il trouver la chanson qui convient. On a visité d'autres répertoires comme celui de Michel Polnareff. On a essayé "Holidays" mais Sylvie l'avait déjà enregistré, et on n'a pas trouvé le bon thème où elle aurait pu se sentir à l'aise. Pareil pour Dutronc, avant d'arriver à "Il est cinq heures, Paris s'éveille", on a constaté que c'étaient des textes d'homme sur lesquels elle se voyait mal. S'il n'y avait pas eu "Il est cinq heures, Paris s'éveille", je crois qu'il n'y aurait pas de lui. Pour "Ruby, Tuesday", c'était certes un hit des Stones plutôt masculin, mais que Marianne Faithfull pouvait chanter. Et puis, il y a eu comme choix déterminant les textes parce que, dans les titres des années 60, il y en a pas mal qui sont un peu désuets. On a failli faire "I only want to be with you" de Dusty Springfield, en français "A présent, tu peux t'en aller" par Richard Anthony. Il y en a plusieurs de lui et, à son propos l'explication de Sylvie est que Richard avait des paroles plus mûres que la majorité. Elles se présentent donc davantage à être réenregistrées.

-Et le texte de "Ya ya twist" ?

- Ca, c'est un de ses titres favoris ! Elle m'a dit qu'elle avait été jalouse de ne pas l'avoir fait, alors cette fois qu'elle en avait l'occasion, elle aurait eu tort de ne pas se faire plaisir. Pour les Beatles, on a hésité. Elle pensait à "I saw her standing there" qui était sur leur premier album et qui correspondait à la période où ils sont passés avec elle à l'Olympia. On a également évoqué "In my life" qui était un thème un peu plus introspectif. Et on s'est décidé pour "Drive my car", plus fun, plus décontracté. Dans le cas des Stones, on a regardé un certain nombre outre"Ruby, tuesday". Elle hésitait. Mais "Ruby, tuesday" s'est imposé par sa ligne mélodique et parce que c'était un tube très connu des Rolling Stones très connu en France. Pour les gens de ma génération, c'est un succès qui a marqué Il y avait aussi des titres qu'elle avait repris mais qu'on aurait pu faire différemment. Comme "The game of love" mais elle avait déjà refait sa version "Quand tu es là" avec Etienne Daho. On a parlé aussi de "Sloop John B" car il y avait peut-être la possibilité d'avoir des gens qui avaient collaboré avec les Beach Boys. Là, encore, elle l'avait refait "Suzanne" car on cherchait dans un tas de directions différentes. J'ai travaillé un certain temps à Rock & Folk dans les années 60 et il y a un bouquin qui est sorti "40 ans de Rock & Folk" et, en le feuilletant, on est tombé sur Leonard Cohen. Là, on s'est dit : bien sûr, il faut faire "Suzanne". Elle était un peu hésitante parce que le texte était plutôt space, avec un côté angoissant et un peu triste. Mais, rapidement, elle s'est mise dedans, elle s'est plongée dans l'ambiance et à présent elle l'adore !

 

DÉCOUVERTE

- Il faut parfois l'amener vers d'autres univers que ceux de ses choix immédiats ?

- Il y a des styles qu'elle aime plus que d'autres. Je ne crois pas que Sylvie ait écouté beaucoup Leonard Cohen, c'est un monde un peu particulier. Elle connaissait "Suzanne" et ses classiques mais le côté néo-folk ne la branchait pas trop même "Blowin 'in the wind", je ne suis pas sûr que ce soit complètement sa cup of tea.

- C'est pourtant un répertoire qui colle très bien à sa voix.


- Oui, il fallait le faire pour s'en rendre compte car, au départ, il y avait une certaine réticence. Cela dit, elle est très ouverte à participer d'une manière expérimentale à d'autres styles. A contrario, sous l'influence de tout ce qui se passe en ce moment, on lui avait demandé de faire un titre d'Adamo, un de Lény Escuredo... Là, elle a dit ; je n'ai jamais chanté ce genre de chansons à l'époque, je ne vais pas m'y mettre maintenant ! Ce n'est pas son style, c'est même un autre monde. Elle, elle aime le rock'n'roll.

- Pourtant, il n y a pas de vrai rock !

- Non, parce qu'on n'est pas allé dans les années 50, "Nouvelle Vague" de Richard Anthony doit être le titre le plus ancien.

- Ce qui est agréable dans la réalisation de ce disque, c'est qu'il y a un respect des qualités vocales de Sylvie ?

- On a employé un ingénieur du son avec lequel elle s'est très bien entendue., Ken Allardyce. C'est un Ecossais avec qui je collabore. On s'est tous bien mis dans le projet et on s'est attaché à avoir les meilleures voix possibles. On a passé pas mal de temps sur "Souvenirs, souvenirs" pour parvenir à des variations intéressantes. Pour cet album, elle a été très impliquée et en prise directe durant toute la conception. Avant d'entrer en studio, on a fait chez John Philip Shenale, le clavier responsable des arrangements, un certain nombre de pré-productions pour bien appréhender les tessitures, la façon dont elle plaçait sa voix sur chacun des morceaux. Durant cette élaboration de trois semaines., elle venait quasiment tous les jours. On est donc entré en studio avec des éléments bien précis. Entre cette phase et le travail de Ken l'ingénieur, elle a suivi tout le processus jusqu'au mixage où elle est venue avec Tony écouter et vérifier ce que cela donnait.

 


PRODUCTION

- Quelle a été l'intervention de Tony Scotti ?

- Il la conseillé bien sûr mais il n'est pas intervenu sur la sélection des titres même si on en a beaucoup parlé ensemble. Il n'était pas très enthousiaste sur "Ruby, tuesday" par contre quand il a entendu "Il est cinq heures, Paris s'éveille" ça lui a tout de suite plu et c'est devenu un de ses titres favoris.

- Comment Sylvie se prépare t'-elle vocalement ?

- Elle a un coach de son côté et, comme on passe plein de temps en voiture à Los Angeles, ce qu'elle aime, c'est avoir le play back quand elle roule et se mettre la mélodie en tête. Elle fait cela constamment. C'est une façon d'apprendre les morceaux comme un autre ! Ensuite, elle exerce sa voix en studio au moment de la prise.

- Quelle est la part de chacun entre le directeur artistique, le réalisateur et l'arrangeur ?

- Sylvie avait une certaine hésitation à faire un titre de Serge Gainsbourg. Là, encore, on avait écouté un tas de choses comme "Les papillons noirs". Quand on a entendu "Attends ou va t'-en" de France Gall, avec Philip Shenale, on a eu l'idée de cet arrangement de cordes évoquant une atmosphère à la "Eleonor Rigby" où c'était un quarter. Là, c'est beaucoup plus large puisqu'il y a une vingtaine de cordes. Le jour où Philip a présenté la maquette avec ce projet, cela lui est paru évident et l'a trouvée géniale. Il avait fallu l'idée de l'orchestration pour la convaincre et elle a pris du plaisir à le chanter.

 

NOUVEAU SON

- Comment justement concilier anciens titres et son actuel ?


- Le son des cordes est un peu intemporel. L'arrangement de "Attends ou va-t'-en" aurait pu passer du temps des Beatles et sonne pourtant très moderne. Pour "I'm Believer", le guitariste, Frank Simes, qui a une parfaite connaissance et le respect du son d'antan, apporte en même temps un son et une façon de jouer actuels, ce qui permet de faire un pont entre les deux. Sa contribution a été très importante sur ce morceau. Pour "Ya ya twist", c'était une autre démarche, on s'est replongé dans l'ambiance de l'original de Lee Dorsey sous la direction d'Allen Toussaint à la Nouvelle Orléans, avec les cuivres à la "Last Night" ou d'autres titres qui passaient à Salut Les Copains. C'était à la limite de la pop R&B? On a accentué ça, plutôt rthythm'n blues du début des années 60 alors que chez Petula, c'est déjà des guitares plus pop. Comme toujours, ce genre de choses anciennes est redécouvert à présent. De même, pour "Et je m'en vais", on a pu le faire d'une façon tout à fait spectorienne. Pour "Nouvelle Vague", en sachant que Sylvie aime tout ce qui a trait à la danse, quand on lui a proposé une approche mambo-latino, elle était ravie.

- Et pour "Il est cinq heures, Paris s'éveille" ?


On a pensé à la tendance en France du style Sanseverino . Ca se passait bien mais il fallait toujours un instrument soliste qui soit suffisamment lyrique et différent de la flûte classique de lorsque en réponse à toutes les phrases. On avait aussi pensé à un violoniste dans le genre jazz de Stéphane Grappelli, ou un vibraphoniste qui se serait plus apparenté au son de la flûte et puis il y avait la guitare si on trouvait le bon musicien pour le faire. Là, j'ai fait un casting complètement neuf car j'avais l'idée de le tirer dans cette direction un peu manouche. J'ai cherché quelqu'un qui saurait faire cela à Los Angeles et ce style de guitariste., il n'y en pas des masses là-bas ! Je connaissais Jeffrey Wise, qui touche un peu à tout, joue à la Django Reinhardt , mais aussi du rythme'n'blues. Je lui ai parlé et il m'a dit : "C'est un bon plan, mais si tu veux avoir un super guitariste, ce n'est pas moi qu'il faut engager, c'est un ami argentin qui ne fait que cela, ne pense que cela, Django à mort ! Il m'a fait connaître ce jeune guitariste Gonzalo Bergara, qui a un groupe à L.A, Il ne fait que du gypsy jazz , dans une boîte de Burbank, un quintet avec un violoniste à la Grappelli, un contrebassiste et deux guitaristes, la totale, il s'est avéré qu'il prêt à s'essayer à d'autres trucs. En plus, sa petite amie est française alors quand j'ai prononcé le nom de Sylvie Vartan et que j'ai parlé "Il est cinq heures, Paris s'éveille", il n'a eu aucune hésitation. Ca lui adonné une référence parce, à Los Angeles, inutile de préciser que ce titre est totalement inconnu. Il s'est penché sur la rythmique que j'avais préparée avec quatre musiciens, contrebasse, batterie et deux guitares, et il a essayé sur une maquette. Ca s'est révélé excellent et il est venu l'enregistrer? Quant à Sylvie, c'est une des chansons qu'elle a mise en boîte le plus vite, très facilement. Comme pour la prise de "Suzanne", elle a fait une première voix assez proche de la ligne mélodique de la version de Graeme Allwright. Là-dessus, elle est revenue, elle a trouvé que cela n'allait pas, elle voulait faire des choses différentes, des élaborations qui s'éloignaient de l'originale et on a donc fait une autre séance avec une approche alternative de la voix. Finalement, avec Bertrand Lamblot et Tony, on a réécouté au feeling et sa spontanéité de la première prise ont convaincu tout le monde.

 

EXPÉRIENCES

- La présence et les moyens pour de vrais musiciens, c'est le gage de cette démarche ?

- Ah oui ! J'ai aussi demandé au guitaristes Karl Verheyen de jouer sur le disque. Quand je lui ai proposé, ça l'a fait rire car il connaissait bien Sylvie et Tony car ce dernier l'avait engagé comme professeur pour David, quand il était adolescent !

- Y'a t-'il un titres que vous auriez aimé faire et que vous n'avez pas pu ?

- Il y a "Suspicious Mind" qui m'intéressait, période de retour d'Elvis Presley lors des séances à Memphis. Sylvie l'avait enregistré en duo et elle aurait pu le refaire. Il y a également "I'm a woman (W.O.M.A.N) de Peggy Lee qui lui plaisait. C'est un truc big band avec un texte qui défile rapidement. On était très branché tous les deux sur Peggy Lee. Pendant les séances, on réécouté "Is that all there is", qui date de plus tard, dont les paroles sont une merveille. Mais, le fait que cela appartenait plus aux années 50 que 60, ça a recalé pas mal de possibilités.

- Qu'est ce qui vous a plu dans ce projet ?

- D'abord on s'est tous bien entendus et Sylvie était très impliquée. D'autant que, pour elle, c'était une nouvelle équipe, car même si on se connaissait, je n'avais jamais été aussi loin dans une collaboration avec elle. Même l'ingénieur du son était nouveau car le sien était depuis longtemps Tony Papa des studios de Tony Scotti, principalement pour les prises de voix des derniers albums. Il a fallu qu'elle fasse confiance à ce nouvel entourage et c'est venu très vite en voyant l'intérêt de chacun pour le projet. Cela a créé une ambiance d'autant qu'on habitait tous Los Angeles, ce qui donne une connivence différente d'avec un artiste qui ne vient que pour l'enregistrement. Tous ces titres m'étaient très familiers et c'était un plaisir de faire des recherches, comparer les versions. J'ai grandi avec tous ces succès. J'étais à Rock & Folk pendant trois ans, dès le N°1 en 1966, t en même temps je travaillais à France Inter avec Gérard Klein qui avait une émission quotidienne de 5 à 7. On y diffusait tout ce matériel. Gérard avait obtenu de Vogue le play back de "il est cinq heures, Paris s'éveille" et on s'était fait plaisir en l'enregistrant ! "Nouvelle Vague" était aussi symbolique et symptomatique de l'époque. Après j'ai été directeur artistique chez Barclay en France et aux Etats-Unis. Je suis ensuite parti là-bas en 1975 et je vis donc à Los Angeles depuis 27 ans. C'est drôle de constater que Sylvie est arrivée là-bas à la même période et qu'on s'est connu qu'à partir de 1998.

- C'est toute cette culture jazz qui transparaît quelque peu. La touche du producteur ce serait quoi pour vous ?

- Oui, certainement, cela et tout ce qui est musique noire américaine, que ce soit du R&B ou du blues. Ce disque est un voyage dans les sixties. Pour le son, il y a une unité qui se tient malgré qu'il y ait des morceaux de styles différents. On est resté fidèle aux versions originales, tout en amenant des éléments nouveaux. Quand on fait "Ya ya twist", dans le genre de Lee Dorsey, on revient au concept original, à l'esprit du titre et ça c'est intemporel. Quand c'était adapté en France musicalement, c'était plus ou moins bien, avant les moyens d'alors et selon la mode du moment. Pour "Le temps de l'amour", on est revenu à un son proche de celui des Shadows. A la base, c'était un instrumental qui s'appelait "Fort Chabrol", signé Jacques Dutronc pour les Fantômes, qui jouaient dans ce style ! S'il y a un truc unificateur, c'est de revenir à des arrangements proches de l'original, Ce qui est authentique tient toujours de l'original. Ce qui est authentique tient toujours la route !

Propose recueillis le 4 juillet 2007 par
Laurent TAMBOUR

 

 

 

 

 

 

 

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